Avec les westerns classiques, les bons et les méchants indiens, les longues chevauchées pour la conquête de l'ouest, on comprenait l'horreur du racisme, l'âpreté des rapports humains, ces sujets éternellement à revisiter.
Gran Torino, c'est l'Amérique !... ou nos banlieues d'aujourd'hui : les bandes rivales, l'appartenance à une ethnie plutôt qu'à une autre, le "rital" ou le "pollack" (mots du film) qui se croit plus américain que le vietnamien parce que ce dernier est installé depuis moins longtemps... et pourtant... Chacun se sent tout à la fois, selon le moment, et immigré et implanté.
Et un rien suffit pour que les barrières tombent ou pour que le quartier s'enflamme. Aux US comme partout, tout est clairement affaire de tolérance, d'entraide, de courage, d'indépendance financière et surtout de reconnaissance professionnelle, sociale, etc. La pauvreté, le désoeuvrement, le chômage créent un comportement marginal où, pour exister, le refuge, c'est la bande de malfrats. Quant au héros, il le devient souvent malgré lui.
Eastwood, dans Gran Torino, met en mots les combats d'arrière-garde dont se repaissent fatalement les anciens ; il met aussi en image les mauvais quartiers explosifs, fuis par les américains bon ton, standardisés, qui vivent eux dans d'autres ghettos, plus luxueux, où la famille n'a plus beaucoup de sens.
Clint, avec subtilité, nous offre un film formidable, tissé de personnages à la fois ordinaires et particuliers. C'est à la fois joyeux et sombre, avec et sans espoir. Juste. Bouleversant.
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