Lorsqu'une douleur vous coupe le souffle, vous vous pliez, repliez, comme si se rendre compact, tassé, dense allait aider à survivre, à revivre. C'est mécanique.
Et quand ce corps contracté se déroule, redevient silhouette, quand il se grandit pour s'oxygéner, se régénérer, alors vous existez de nouveau et les autres vous font cadeau de leurs mots et regards. Ils vous redonnent votre identité, celle qui compte car ils vous ont vu, écouté, aimé pour ce que vous êtes tandis que d'autres, à travers votre rôle social, sans vous voir vraiment, alimentaient leurs propres chimères.
Enfin vos larmes, autrefois gênantes et désobéissantes, ont lénifié vos souffrances. Puis elles se raréfient. Et elles se tarissent.
Cette photo-là, c'est moi aujourd'hui : une ombre, grandie, chauffée par le soleil, qui se projette sur des ruines. Une photo prise l'autre jour que j'interprète aujourd'hui. Car à la place de ces pierres cassées, bientôt, se verra une restauration soignée : des pierres, du bois, du verre, de la couleur.
La casse est finie. Je reconstruis. Mon projet se dessine.
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