Mishima, Tanizaki, Fukazawa, Inoué... pour faire pâlir Houellebecq et quelques autres.
150 pages sur 317 de Houellebecq m'ont suffi et je me lasse de subir ses anti-héros qui ne réussissent ni à exprimer des sentiments ni à partager le plaisir. Tout ce malaise entremêlé de théories sur les particules élémentaires me rase sacrément. Comme cet auteur est tantôt adulé tantôt critiqué, mon avis ne fait donc que s'ajouter à un des deux clans. Il y a tellement d'auteurs que je trouve fabuleux à lire ; je préfère donner mon temps à d'autres. J'ai d'autres découvertes à entreprendre.
Alors, pour ceux qui...
veulent les passions dévorantes, tortueuses, assouvies ou inassouvies, l'exotisme, les émotions contenues, cachées ou soudainement lâchées, associés à une très belle écriture, voici quelques auteurs japonais, peu conventionnels, pas très fleur bleue et autrement plus surprenants que je peux conseiller :
- Journal d'un vieux fou et Un amour insensé, de Tanizaki : deux romans où passion et dépendance se nouent,
- trois livres parmi d'autres de Mishima : évidemment l'incontournable Le pavillon d'or, mais deux autres qui peuvent aussi aider à entrer dans son univers : Après le banquet et Le marin rejeté par la mer.
et deux livres grand public superbes :
Enfin, dans un style très différent et très accessible : La pierre et le sabre, puis La parfaite lumière, de Eiji Yoshikawa... Des histoires de samouraïs qui rivalisent bien avec nos trois mousquetaires !








Les contenus japonais débarquent. Alors que les mangas représente déjà 35% du rayons BD de la Fnac, la littérature japonaise aussi s'impose de plus en plus dans les rayons des grandes librairies généralistes. Le demain du Japon ne sera plus technologique mais culturel. Et ils disposent de "belles armes". Aujourd'hui timide et humble, le japonaise reconnais son talent, et il l'exporte.
Je file consulter les ouvrages que tu cites.
Rédigé par: Damdam | 07 juin 2005 à 14:37
Je fais partie du clan n'appréciant pas franchement Houellebecq (Extension du domaines de la lutte est un des pires bouquins que j'ai jamais lu !). Du coup, je vais m'empresser de suivre tes conseils de lecture, d'autant plus que j'ai beaucoup aimé "La mer de la fertilité" de Mishima !
Rédigé par: Vodka | 07 juin 2005 à 20:22
Ah, Vodka et Damdam, je suis heureuse que mes goûts en lecture soient éventuellement partagés ! Vous me tiendrez au courant.
Rédigé par: Bettina Soulez | 07 juin 2005 à 23:37
Bon je suis très embêté.
Bettina, comme tu le sais, j'apprécie Houellebecq, mais en plus j'apprécie aussi Mishima (Le tumulte des flots) et Yasunari Kawabata (Le Lac chez Albin Michel) ! Comment cela est-il possible ? Pour moi, l'un empêche pas l'autre ; de la même façon qu'on peut aimer Céline et Proust. Bach et Mozart. Villeroy et Bosch (ok, elle était facile...).
Dans le domaine musical, certains professionnels de la profession diront pourtant que ce n'est pas "possible" : on est mozartien ou bachien, ou beethovenien, ou wagnerien, ou malherien, ou bartokien. Comme si on ne pouvait pas aimer untel ou untel en fonction de son humeur du jour. Mais bon, je ne suis pas non plus musicologue... Il est probable qu'à un certain degré d'expertise, l'auditeur se centre sur un seul compositeur.
Pour en revenir à Houellebecq, il est clair que cet écrivain dépeint un monde et des humains totalement désenchantés. Il a, quoi qu'on en pense, trouvé une faille, défriché un espace littéraire nouveau.
Que son roman soit trop long, enflé de théories quasi absconses, c'est possible. Une oeuvre est rarement "parfaite". Mais je pense que ce type - et au-delà du phénomène de snobisme qui l'entoure désormais et auquel il contribue largement - a une vision assez juste d'un certain monde.
Cela dit, je pense qu'il faut aussi remettre les choses à leur place. Il me semble - bien que n'étant pas spécialiste - que Houellebecq est plus proche de la Sagan du début des années soixante au vu de la pertinence de son regard sur son époque; que de Céline (ou de Proust et d'autres grands - Musil, Broch, Mann, sans parler du plus grand : Kafka ?) et de son génie.
Rédigé par: Laurent Javault | 08 juin 2005 à 16:16
Ah ! Laurent,
Cela me fait plaisir que tu sois venu mettre un commentaire ; je me doutais bien que tes remarques seraient fournies et intéressantes. C'est quand même toi qui a parlé de Houellebecq, sur ce blog, il y a quelque temps...
Alors, moi aussi, j'aime Kawabata (que j'aurais pu citer ici), notamment pour "La danseuse d'Izu" et Proust et Sagan et Kafka. Ouf ! Si donc il n'y a désaccord que sur un auteur ou deux, ma foi, nous pourrons continuer de discuter allègrement !
En musique, en revanche, je suis vraiment incapable de donner un conseil : je marche aux coups de coeur, sans réfléchir, et je me sens totalement inclassable ! Une radio sur blog vient de naître qui me plaît bien : celle d'Hervé Resse. Je vais faire un lien, là, sur le côté, à gauche...
Rédigé par: Bettina Soulez | 08 juin 2005 à 19:26
Bonjour, je cherche un livre de Villeroy et Bosh. Pas sérieux s'abstenir...
;-)
Rédigé par: Vinvin | 08 juin 2005 à 20:58
Vinvin,
Ils sont édités chez les frères Marengo et Whisky ! Edition rarissime !
Sans blague, enfin ! Vinvin, tu viens te promener ici ! Je me disais : c'est pas vrai ! Je ne vais jamais y arriver... alors que je m'éclate en lisant tes billets et que j'y laisse des messages... Et quand je pense qu'on a peut-être les mêmes dermato, guérisseur de rhino, le même opticien Visual ou Optical "qui finit avec la dame !", etc.
Reviens ici de temps en temps ! Tu es le bienvenu !
Rédigé par: Bettina Soulez | 08 juin 2005 à 22:07
>Laurent,
très juste (même l'analogie à Sagan). J'allais mentionner Kawabata, qui est tout de même d'un autre niveau que Mishima quand tu l'as fait.
Quant à Bettina, pourquoi une femme qui aime la littérature japonaise omet-elle "Le dit du Genji", écrit par une femme au 12ème Siècle, un livre qui est le classique des classiques au Japon, parsemé de Haikus, empreint du rythme si particulier que l'on trouve aussi bien dans le No que dans les films d'Izoue?
Rédigé par: leblase | 09 juin 2005 à 01:04
Pardon, mauvaise frappe: que les films d'Ozu, bien sur!
Rédigé par: leblase | 09 juin 2005 à 01:05
-> Leblase, parce que Bettina, qui est une femme, oui, c'est vrai, aime la littérature japonaise et n'en connaît que quelques livres. Merci pour le titre de Murasaki : "Le dit du Genji". Je lirai ça, donc, un jour ou l'autre ainsi qu'un livre de références qui m'avait déjà été conseillé et sur lequel je pense avoir calé en cours de route : "Notes de chevet" de Sei Shonagon, XIème siècle.
Les rendez-vous avec les livres sont parfois reportés. Qu'importe puisque certains livres trouvent lecteurs siècle après siècle. Nous sommes accessoires dans la vie des livres.
Rédigé par: Bettina Soulez | 09 juin 2005 à 13:40
Ah, les livres en attente... j'en ai toute une (petite) bibliothèque (une cinquantaine bien tassée).
S'il était possible de ne dormir qu'une heure par nuit...
Rédigé par: Laurent Javault | 10 juin 2005 à 12:10
Si vous aimez la littérature japonaise, j'ai quatre livres à vous conseiller :
"Le brocart" de Miyamato Teru, "Mort en été" de Mishima, "Pays de neige" et "Le maître de go" de Kawabata.
Ces ouvrages sont très beaux, tout en finesse, très subtils, caractéristiques d'une certaine littérature d'extrême orient.
Miyamato Teru est peu connu en France mais "Le brocart" est à ne pas manquer.
Bonnes lectures, dites-moi ce que vous en pensez!
Rédigé par: Vincent | 01 juillet 2005 à 18:32
Merci, Vincent, pour ces conseils qui arrivent à point nommé. En plus, vous en parlez très bien : ça donne envie.
Rédigé par: Bettina Soulez | 02 juillet 2005 à 00:44
J'ai découvert le fusil de chasse de Yasushi Inoué sur votre conseil. Je l'ai lu aujourd'hui. Merci.
Rédigé par: Gérald Alexandre Roffat | 13 septembre 2005 à 22:46
-> Gérald Alexandre, je suis ravie de savoir que ce livre vous a visiblement plu. J'ai adoré ce dérapage de la communication entre ces 3 personnes et ce même événement vécu et raconté si différemment. J'ai aimé ces passions folles et contenues évoquées avec tant de finesse. Un grand moment de littérature.
Du coup, j'ai ressorti les livres de Kawabata que j'ai ici, notamment "La danseuse d'Izu".
Il nous reste à lire le texte de Teru, conseillé par Vincent !
A +
Rédigé par: Bettina Soulez | 14 septembre 2005 à 22:54
En réponse à Leblase, je n'ai pas l'impression que l'on puisse dire que Kawabata soit d'un meilleur niveau que Mishima. Alors que Kawabata écrit dans un style poétique et flou, ou tout est suggéré, Mishima possède un style incisif, et parfois d'une rare cruauté. Comment comparer ces deux écrivains si dissemblables?
Pour Kawabarta, "pays de neige" illustre parfaitement son style. "Le marin rejeté par la mer", de Mishima, malgré sa brieveté, m'a profondément marqué ("la mort en été" est également une grande oeuvre).
A votre liste, j'aurais également rajouté Ryunosuke Akutagawa ("Rashomon", "la magicienne"...) et Kaiko Takeshi ("la muraille de Chine").
Félicitation pour votre blog
Rédigé par: cristof | 14 octobre 2005 à 20:28
Merci, Cristof, nous allons sans doute avoir de bonnes discussions sur les lectures proposées entre nos deux blogs.
Merci pour les pistes données.
A suivre...
Rédigé par: Bettina Soulez | 14 octobre 2005 à 23:17
Je découvre votre blog. Passionnée de littérature, j'ai découvert le Japon avec "Le Dit du Gengi" ...il y a 30 ans! difficile à lire comme débutante, j'avais un livre d'histoire en parallèle pour comprendre! Dernier lu "Nuages flottants" de Fumiko Hayashi.Et toujours le même amour pour le Japon.
Rédigé par: Paule | 30 octobre 2005 à 15:07
Paule,
Merci pour cette première visite.
Vous allez pouvoir discuter avec Leblase du "Dit de Gengi" car vous nous montrez, vous aussi, à quel point ce livre est incontournable. Le livre d'histoire, en parallèle, semble un outil majeur pour sa compréhension !
Merci pour la suggestion de "Nuages flottants".
A+
Rédigé par: Bettina Soulez | 01 novembre 2005 à 04:05
Bonjour à tous.
Je suis une jeune "blogueuse" mais une vieille lectrice!Puisque je me suis immiscée dans votre conversation, j'aimerais vous écrire quelques réflexions- sans vouloir donner des leçons, la lecture est une affaire de passion,chacun doit suivre ses envies-
Comment entrer dans la littérature japonaise sans être déçu(e)?
Imaginons qu'un ami étranger vous demande des conseils de lecture pour découvrir l'âme française.Vous n'allez pas lui faire lire en premier les "Lais de Marie de France". Mais plutôt nos classiques et pourquoi pas nos auteurs contemporains pour qu'il saisisse notre état d'esprit actuel. Partout il sentira la "french touch".
Il est parfois difficile d'entrer dans un livre japonais, il faut se souvenir des noms(!)comprendre les réactions et le mode de vie...Peut-être est-ce plus facile avec les auteurs modernes, il y en tant désormais traduits.(Je pense à Yoko Ogawa et son émouvant "La formule préférée du professeur").Les classiques que vous avez lus Inoué -peut-être mon préféré- Kawabata, Tanizaki, Soseki...Les poèmes anciens les "Contes d'Ise" par exemple, et les haîkus...tous les haîkus -ah Issa!-
Pour les journaux "Journal de Murasaki Shikibu", l'auteur du "Dit du Gengi", "Journal de Sarashina", "Notes de chevet" de Sei Shonagon, mieux vaut connaître un peu l'histoire japonaise et les relations entre toutes ces personnes à la cour. Cela se mérite! mais comme c'est passionnant...lire des livres écrits par des femmes dans un pays si lointain (enfin moins maintenant!) et il y a mille ans...Je préfère cela à la S.F...Bonne lecture.
Rédigé par: Paule | 01 novembre 2005 à 14:21
-> Paule,
Eh oui ! Quelle bonne idée de nous en dire plus encore sur la littérature japonaise. Rien de tel que d'ouvrir, à sa manière, les portes à d'autres lecteurs. Je devine que votre blog va nous conter d'autres biais pour aborder cette littérature si riche, poétique et complexe. Merci.
Rédigé par: Bettina Soulez | 03 novembre 2005 à 08:40